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La découverte du gisement de potasse en Alsace

 

1900 : la révolution industrielle bat son plein en Europe et en Amérique ; tout au long du XIXème siècle qui vient de se terminer, on a pensé que la science permettrait de résoudre tous les problèmes de l’humanité et que les progrès seront sans limites. La machine à vapeur a bouleversé les pratiques industrielles et on est passé en quelques décennies de l’artisanat traditionnel à la production à grande échelle dans d’immenses usines dont les besoins en main d’œuvre commencent à vider les campagnes.

 

PARIS accueille pour la cinquième fois l’Exposition Universelle à côté de la Tour Eiffel qui avait été la vedette incontestée de celle de 1889 ; on y présente entre autres les dernières découvertes en matière de transports (inaugurations du Métropolitain et de nouvelles gares ultramodernes, exposition de matériel ferroviaire), en matière d’électricité (moteurs, éclairage public) et du septième art (cinéma parlant, enregistrements sonores).

 

La généralisation de l’utilisation de la vapeur dans des machines qui consomment beaucoup de charbon et l’apparition récente des véhicules à moteur à explosion utilisant le pétrole fait que les demandes concernant ces deux combustibles fossiles croissent de façon exponentielle. Il faut trouver de nouveaux gisements et les industriels alsaciens en quête d’une énergie à bon prix sont optimistes, n’exploite-t-on pas du pétrole à PECHELBRONN depuis 1740 et du charbon à RONCHAMP depuis 1810 ?

 

Les sondages se multiplient donc dans toute la région, ils sont financés par les profits générés par l’augmentation des productions due au machinisme et par le faible coût de la main d’œuvre. Réinvestir une partie des bénéfices dans la recherche de nouveaux gisements de combustibles qui permettront de diminuer la facture énergétique sans cesse croissante est un bon calcul capitaliste. Toujours plus de profits, voilà le leitmotiv universel au début du nouveau siècle pour les patrons de l’industrie.

 

Malheureusement les gisements cités précédemment sont localisés et les sondages sont décevants. On trouve quand même en 1900 du côté de WITTELSHEIM de la potasse ou plutôt du chlorure de potassium (KCl). Ces recherches sont financées par Amélie ZURCHER, fille d’un industriel textile, par Jean-Baptiste GRISEZ, membre d’une famille de brasseurs, et surtout par Joseph VOGT, patron métallurgiste (fonte et cuivre) et exploitant d’une mine de pétrole du côté de PECHELBRONN.

 

La découverte de la potasse alsacienne est une opportunité car depuis le milieu du siècle précédent, les technique de l’agriculture intensive ont beaucoup évolué et on sait désormais que les engrais proposés par l’industrie chimique qui apportent aux plantes les éléments de base NPK (N : azote pour le développement aérien des végétaux, P : phosphore pour la croissance et la résistance des racines, K : potassium pour le développement des fleurs et des fruits) sont plus efficaces que les amendements traditionnels qui utilisent les excréments humains et animaux. L’occasion est trop belle…

Les recherches continuent et en 1904, le gisement est considéré comme suffisamment grand pour être exploité, les réserves sont estimées à 700 millions de tonnes de minerai ; celui-ci contient 25% de chlorure de potassium KCl en masse, 60% de chlorure de sodium NaCl qu’on dissoudra dans l’eau et qui sera versé dans le Rhin qui le charriera vers la mer, 8% de sulfate de calcium CaSO4 insoluble qu’on séparera par filtration et qu’on entreposera sur des terrils et 7% d’argile qui sera également évacuée.

NB : Le mélange (KCl + NaCl) dans le minerai est appelé "sylvinite" et le sulfate de calcium "anhydrite".

Quelques chiffres concernant la potasse en Alsace

 

  • De 1910 (début de l’exploitation industrielle) à 2002 (fermeture du dernier siège à WITTELSHEIM), il a été extrait 567 millions de tonnes de sel brut qui, après traitement, ont donné 140 millions de tonnes de chlorure de potassium pur.

  • Il y a eu un pic de production en 1974 avec l’extraction de 13 millions de tonnes de sel brut.

  • 95% du chlorure de potassium sortant des ateliers de traitement servent pour l’agriculture (engrais), le reste est utilisé dans des secteurs très variés :

  • chimie générale : fabrication de l’hydroxyde de potassium ou potasse KOH (base forte comme la soude), fabrication du chlorate de potassium KClO3 utilisé comme désherbant ou comburant dans les explosifs, les allumettes ou les feux d’artifice, …

  • fabrication des savons : utilisation de la potasse pour la saponification des esters d’acides gras (huiles d’olive, de palme, de coprah, d’arachide ou de coco),

  • élaboration des verres au plomb (cristal) contenant 60% de silice SiO2, 21% d’oxyde de plomb PbO et 7% de potasse et qui sont utilisés en gobeleterie ou pour les écrans de télévision,

  • utilisation comme agent salant dans l’alimentation : KCl remplace avantageusement NaCl dans les régimes sans sel car il régularise la pression sanguine.

Signalons deux applications un peu lugubres : KCl dilué est utilisé lors des interruptions médicales de grossesse (injection intracardiaque fœtale) et lors des exécutions des condamnés à mort aux USA (injection intraveineuse létale)…

Plus récemment, KCl (absorbant des atomes d’oxygène dans les ions contenus dans certaines roches) entre dans la composition du mélange liquide (seau, sable, lubrifiants, détergents) servant pour l’hydro-fracturation des couches dures emprisonnant le gaz de schiste (méthane CH4) ; le procédé américain engendre une pollution des nappes phréatiques, d’où la polémique actuelle. Une étude aurait montré que le sous-sol hexagonal renfermerait 3.9 milliards de m3 de ce gaz, notamment dans le sud-est.

Les deux sociétés historiques ayant exploité la potasse en Alsace

 

  • MDPA (Mines Domaniales de Potasse d’Alsace) : société nationalisée qui a produit 497 millions de tonnes de KCl de 1910 à 2002 ;

 

  • KST (Kali Ste Thérèse) : société privée qui a produit 70 millions de tonnes de KCl de 1913 à 1997.

 

Des dizaines de milliers de personnes ont travaillé dans ces deux sociétés ; en 1948, elles étaient 13880.

A partir de 1965, on assiste à une régression très lente du nombre d’employés. KST cesse ses activités à UNGERSHEIM en 1997 et MPDA à WITTELSHEIM en 2002.

NB : une troisième société a voulu exploiter la potasse en 1926, la Compagnie des Mines de Potasse de BLODELSHEIM, mais les puits qu’elle a commencé à foncer en 1928 ne furent jamais opérationnels et les travaux d’aménagement furent abandonnés en 1932.

 

Les sites d’exploitation de la potasse en Alsace

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Comme on peut le constater dans le tableau ci-dessous, beaucoup de sièges portent les prénoms de personnalités liées à l’exploitation de la potasse :

  • Joseph VOGT (investisseur initial), Fernand VOGT (fils de Joseph), Else (belle-sœur de Fernand),

Marie-Louise VOGT (fille de Fernand),

  • Amélie ZURCHER (investisseur initial),

  • Max POHL, Théodore LICHTENBERGER, Alex Von PFLAUM, Rodolphe de BOLLWILLER (directeurs).

 

 

 

SIÈGES D’EXTRACTION

 

 

LIEUX

 

SOCIÉTÉ

 

PRODUCTION DE KCl (Mt)

 

FIN D’EXPOITATION

 

Amélie I et II

 

 

WITTELSHEIM

 

MDPA

 

154,8

 

2002

 

 

Max

 

 

RICHWILLER

 

MDPA

 

2,7

 

1952

 

Joseph-Else

 

 

WITTELSHEIM

 

MDPA

 

22,2

 

1966

 

Marie-Louise

 

 

STAFFELFELDEN

 

MDPA

 

86,4

 

1998

 

Staffelfelden

 

 

STAFFELFELDEN

 

MDPA

 

93,4

 

2001

 

Théodore-Eugène

 

 

WITTENHEIM

 

MDPA

 

67,7

 

1986

 

Anna Ouest et Est

 

 

WITTENHEIM

 

MDPA

 

30,8

 

1973

 

Fernand Ouest et Est

 

 

WITTENHEIM

 

MDPA

 

29,4

 

1972

 

Alex

 

 

BOLLWILLER

 

KST

 

8,9

 

1954

 

Rodolphe I et II

 

 

PULVERSHEIM

 

KST

 

39,6

 

1976

 

Ungersheim

 

 

UNGERSHEIM

 

KST

 

5,5

 

1997

 

Ensisheim I, II et III

 

 

ENSISHEIM

 

KST

 

16,2

 

1961

 

 

Au total, il y a eu 24 puits répartis sur une surface de 222 km² dans le Haut-Rhin.


Date de création : 09/01/2014 @ 21:02
Catégorie : Historique des actions - Protection de la mine Joseph Else
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Réactions à cet article

Réaction n°1 

par adkich le 02/06/2014 @ 22:28
Il faut savoir que c'est au fond des MDPA que les voies étaient les plus larges, et plus précisément 1 m 120 pour les mines Amélie, Marie-Louise et Théodore, permettant la circulation de gros locotracteurs diesel de 125 et même 175 cv, et dont le poids pouvait atteindre 26 tonnes !Quand on pense que tout cela est resté au fond lors de l'arrêt de l'extraction...



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