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Né à Arnould (Vosges) le 8 décembre 1906. Ancien élève de l'École polytechnique (promotion 1926) et de l'École des mines de Paris (entré en 1929 classé 5 sur 6 élèves polytechniciens, sorti classé 4 en 1931). Corps des mines. Delacote, élève à l'École des mines de Paris

Publié dans le bulletin interne des MDPA, 1987

LE 28 octobre 1987, M. Guy Delacote est décédé accidentellement à l'âge de 81 ans. Personnage intègre et d'une grande capacité de travail, sa mémoire restera associée aux nombreux progrès techniques et sociaux qu'a connus notre entreprise durant deux décennies, de 1946, l'année de son arrivée aux MDPA en qualité de directeur général adjoint, jusqu'en 1967 où il quitta la direction de l'entreprise.

C'est donc au lendemain de la guerre que M. Delacote, polytechnicien et ingénieur en chef des Mines, entra en fonction aux côtés du directeur général M. Fanton d'Andon, pour se consacrer à l'urgente tâche de reconstruction. Puis il oeuvra sans relâche pour la modernisation et le développement de l'entreprise, notamment dans les domaines de la mécanisation, des méthodes d'exploitation minière plus performantes et des nouveaux procédés de traitement du minerai de potasse.

Nommé directeur général des MDPA le 1er octobre 1956, M. Delacote présida aux choix décisifs en vue d'obtenir un nouveau bond de la production et le doublement de la performance du mineur, tout en favorisant les progrès sociaux qui marquèrent toute cette époque de prospérité. C'est en août 1967 que M. Delacote quitta la tête de l'entreprise pour réintégrer le Conseil général des Mines, la plus haute instance de l'Administration minière.

Officier de la Légion d'honneur, M. Delacote a également su mettre ses talents de dirigeant d'entreprise, sa forte personnalité et ses qualités humaines au service de la région, de la promotion de l'homme et de la gestion communale, comme en témoigne son rôle éminent au sein du Comité d'action pour le progrès économique et social haut-rhinois (CAHR) et du Centre associé au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM), notamment quand il assuma la présidence de ces deux organismes, et enfin dans sa commune natale des Vosges dont il fut le maire après une carrière professionnelle déjà riche et féconde.

GUY DELACOTE

par Maurice MERMET

C'est un homme de forte trempe qui nous a été brutalement enlevé à la veille de la Toussaint 1987, piéton victime d'un malheureux accident de la circulation en plein Paris.

Guy Delacote, originaire d'Anould, au pied des montagnes entre Saint-Dié et Gérardmer, est un vosgien solide. Son père est responsable des ventes d'une entreprise locale : la Papeterie du Souche. Son grand-père est paysan.

Il mène un parcours scolaire classique d'élève brillant et travailleur, issu d'une petite localité de campagne : école communale sur place, cours complémentaire au bourg voisin (Fraize), internat au collège (la Malgrange à Nancy). De là, l'École Sainte-Geneviève de Versailles le mène à l'X en 1926. Entre l'X et l'École des Mines, il fait son service (1928-1929) comme artilleur à Fontainebleau, puis à Coblence, alors occupée par l'Armée Française. Comme tout ingénieur des mines à l'époque, il commence sa carrière en Arrondissement minéralogique : d'abord à Clermont-Ferrand (31-33), ensuite à Metz (33-37) où il est chargé des mines de fer de Moselle et de diriger leur école d'agents de maîtrise : l'École pratique des mines de Thionville, puis à Strasbourg (37-39). En 1938, il épouse Jeanine BLAGE, fille du directeur général de la Chiers.

Il est prévu - et même décidé par arrêté - qu'en octobre 1939 il sera détaché aux Mines Domaniales de Potasse d'Alsace. Mais ... arrive la guerre.

Dès l'automne 1939, le Service des Mines de Strasbourg est replié à Nancy, et Guy Delacote retrouve les mines de fer et la sidérurgie de Lorraine. Il continuera à s'y consacrer jusqu'en 1945, comme ingénieur ordinaire, puis, à partir de 1941, comme chef de l'Arrondissement minéralogique de Nancy.

Dans les années 30 et 40, et encore assez longtemps par la suite, l'un des objectifs principaux du service des mines pour les mines de fer était d'exploiter le gisement en bon père de famille, et en particulier d'éviter l'écrémage. Cela manifestait le souci du long terme, tel qu'on pouvait l'envisager à l'époque.

Pendant la guerre, l'Alsace et la Moselle étant annexées de fait au Reich, les services français de Nancy n'administraient que les mines et usines de Meurthe et Moselle. Ce département se trouvait en outre en "zone interdite" (avec notamment des restrictions de circulation par rapport à la "zone occupée").

Ingénieur en chef à Nancy, Guy Delacote sut assumer cette fonction difficile avec à la fois la fermeté et la prudence nécessaires pour préserver les intérêts français, tout en évitant toute compromission avec les autorités allemandes et avec les exploitants allemands de Moselle. Il créa notamment en 1942 une nouvelle école de maîtrise à Briey.

Guy Delacote était aussi directeur technique de l'École des Mines de Nancy (dont il restera ensuite très longtemps administrateur). Il fit des pieds et des mains pour que l'école, chassée par la guerre, revienne à Nancy malgré la zone interdite. Il y parvint et, après des promotions réduites à moins de 10 élèves en 1940 -1941 - 1942, les admissions reprirent leur effectif normal dès 1943.

Il enseignait lui-même la thermodynamique (discipline réputée comme pierre de touche pédagogique) et les machines. Ses élèves ont témoigné de ses qualités pédagogiques, et de son action pour la bonne marche de l'École qui, au delà de l'enseignement et de l'intendance, incluait des aspects plus cachés, notamment l'aide aux élèves pour échapper au S.T.O. ("service du travail obligatoire" en Allemagne).

A la Libération, Guy Delacote doit à sa compétence d'être chargé de tâches supplémentaires :

conseiller économique auprès du Commissaire de la République en Lorraine ; puis chargé de mission auprès des autorités alliées en Allemagne occupée, pour régler l'avenir de la sidérurgie allemande.

Enfin, en octobre 1945, le projet déjà préparé en 1939 et différé par la guerre aboutit : il est détaché aux Mines Domaniales de Potasse d'Alsace. Il y œuvrera pendant 22 ans (1945- 1967), d'abord comme directeur général adjoint, le directeur général étant André FANTON d'ANDON, puis, à partir de 1956 comme directeur général.

Lourde tâche ! C'est d'abord la reconstruction de l'entreprise, aussitôt suivie par une période de forte croissance, la production triplant en une quinzaine d'années. Puis vers 1963-1964 s'ouvre une phase nouvelle. Depuis des décennies, les MDPA, conjointement avec les mines de potasse allemandes, étaient co-leader du marché mondial, position qui permettait à la fois leur prospérité et le maintien de prix avantageux pour l'agriculture française. A partir de 1963- 1964 le Canada, aux gisements bien plus favorables que ceux d'Europe, s'imposa rapidement comme leader des prix mondiaux, à un niveau nettement plus bas que jusqu'alors, et, d'autres nouveaux producteurs vinrent encore intensifier la concurrence internationale.

Le défi vital des MDPA - qui avait été jusque là la croissance - devient alors la productivité et le coût, à production constante. Guy Delacote y consacre toute son énergie au long de cette évolution.

Homme de caractère bien trempé, très intelligent, grand travailleur, désintéressé, il est exigeant d'abord pour lui-même. Il l'est naturellement avec ses collaborateurs. Mais, lucide, donc sans illusions naïves, il sait aussi les limites humaines. Il lui arrive souvent d'épingler, avec ironie, certaines faiblesses excusables. Par contre la tiédeur, le faux-semblant, le manquement à l'intégrité, ne trouvent chez lui aucune indulgence, et il sait bien le montrer. Très attentif aux problèmes humains (il a vécu 1936 comme jeune ingénieur, et dirigé une école de maîtrise et une école d'ingénieurs), il suit de près les questions sociales. Il connaît personnellement un très grand nombre d'agents de l'entreprise, de tous niveaux. Il développe la formation professionnelle des jeunes - en particulier à l'École technique et pratique des mines de Pulversheim pour la maîtrise - la formation continue des adultes - en particulier en créant à Mulhouse un centre régional associé du CNAM - et aussi la formation générale de toute la population du bassin minier.

Son style, c'est :

- sérieux et vigilance constante sur tous les aspects de la marche de l'entreprise,

- connaissance personnelle approfondie des affaires à traiter,

-ténacité qui, patiemment fidèle à une orientation générale bien définie, sait utiliser le temps qui passe avec toutes ses occasions comme autant d'alliés pour avancer, malgré les obstacles, vers le but visé.

C'est par l'exercice de ces maximes, simples à énoncer, mais difficiles à pratiquer avec constance, que, sous sa direction, les MDPA ont pu réaliser des progrès de productivité remarquables. En période de croissance de la production, avec effectif quasi-constant, le gain de productivité était de + 5 à 6% par an. Mais bien plus méritoire fut ensuite le maintien d'un progrès de 5% par an en période de production constante avec effectif décroissant. La suite a d'ailleurs permis d'en juger avec, depuis 1971, un progrès de 3,5 % par an. Guy Delacote travaillait beaucoup au long terme.

Après les plans de développement successifs, sa dernière grande tâche a été un plan de restructuration des MDPA. Élaboré en 1966-67, dans une large concertation avec les cadres, ce plan était prêt quand fut créée l'EMC en 1967. Depuis, il a été la base de l'évolution des Mines de Potasse d'Alsace S.A., filiale de l'EMC, avec concentration sur seulement 3 sièges d'exploitation : Amélie, Marie-Louise et Théodore (récemment épuisé).

Toujours en vue de l'avenir à long terme, Guy Delacote travaillait à diversifier les activités des MDPA, et, plus largement, à développer l'économie locale, en collaboration avec le Comité d'Action du Haut-Rhin (CAHR). Les ambitieux projets de création d'une grande industrie chimique valorisant sur place le chlorure de sodium "fatal" par une saline, une électrolyse et toute la filière chlore n'ont pas abouti malgré ses efforts tenaces. Pouvaient-ils aboutir ? Mais il y a bien eu développement massif du sel de déneigement et des produits bromes, implantation à Ottmarsheim de l'usine franco-allemande d'engrais PEC-Rhin et d'installations portuaires SOGEMA (prélude du transfert ultérieur de Strasbourg vers Ottmarsheim et Ile-Napoléon), prise de contrôle des Ateliers de Carspach (base de ce qui est aujourd'hui le groupe mécanique Cocentall - CMM).

Enfin, c'est aussi sous sa direction que furent réalisées les mines filiales au Canada (en association avec les mines de potasse allemandes) et au Congo (en association avec le BRGM et la SPAFE).

En 1967, le gouvernement crée l'Entreprise Minière et Chimique (EMC) qui regroupe les MDPA et l'ONIA (Office National Industriel de l'Azote). Guy Delacote quitte alors les MDPA et l'industrie.

Il est affecté au Conseil Général des Mines, où il restera jusqu'à sa retraite en 1977. Il applique sa compétence minière et industrielle à de nombreuses études : sel - fluorine - charbon. Ses interlocuteurs étrangers sont surpris par la rapidité et la pertinence de ses analyses sur des gisements au Canada, en Australie, en Afrique du Sud. Il consacre aussi son temps disponible à militer et s'engager dans l'action publique. Elu maire d'Anould en 1971, il gérera la commune pendant 12 ans (1971-1983), très estimé de ses concitoyens et très actif pour l'implantation d'entreprises et la création d'emplois, question cruciale dans cette région. En 1981 le Ministre de l'Industrie (Pierre Dreyfus) le charge encore d'examiner sur place, avec toutes les parties concernées, la situation des entreprises sidérurgiques de l'ensemble du pays, afin d'éclairer les décisions à prendre par le gouvernement sur cette industrie. Sa recommandation de créer un holding regroupant SACILOR et USINOR se réalisera finalement en 1987. Comme tout homme lucide et de caractère, enclin de ce fait à ne ménager ni les idées reçues ni les positions acquises, et en outre brillant débatteur, Guy Delacote ne pouvait manquer de déranger. Mais il faut souligner que toute son action était inspirée par un haut sens du devoir au service de la mission dont il était responsable, et que des aspects plus profonds de sa personnalité : foi chrétienne solide, bienveillance, vaste culture, sens artistique, en restaient moins apparents (bien qu'attestés par des engagements actifs : cercle Teilhard de Chardin, Association Guillaume Budé). Il est donc juste de compléter ainsi l'image qu'il laisse à ceux qui l'ont connu dans sa carrière professionnelle.

Publié dans L'Alsace, SAMEDI 14 NOVEMBRE 1987

NECROLOGIE

M Guy Delacôte

Nous avons appris avec tristesse le décès récent de M., Guy Delacôte, dernier directeur général des Mines domaniales de potasse d'Alsace. Diplômé de l'École polytechnique et de l'École des mines de Paris, M. Guy Delacôte avait commencé sa carrière aux services des Mines. Il fut, en particulier, de 1941 à 1945, ingénieur en chef des Mines à Nancy et directeur de l'École des mines de cette ville.

C'est en 1946 que M. Delacôte entra aux Mines domaniales en qualité de directeur général adjoint. En cette délicate période d'après-guerre, il s'agissait, pour lui, de poursuivre, auprès de M. Fanton D'Andon, directeur général, la reconstruction du bassin potassique et de reformer une solide équipe de direction.

Ces deux tâches surmontées, M. Delacôte pouvait se tourner vers la réalisation du plan décennal de modernisation et de développement qui allait aboutir à doubler la production, notamment grâce à une mécanisation rapide du matériel, à l'introduction de nouvelles méthodes d'exploitation au fond, ainsi qu'à l'adoption de nouveaux procédés de traitement des

sels de potasse au jour.

Nommé directeur général le 1er octobre 1956, à une époque prospère pour les MDPA, il s'attacha à continuer la mécanisation, le triplement de la production et du rendement, la formation et le perfectionnement des hommes. Il chercha aussi l'adhésion du plus grand nombre pour faire évoluer les institutions sociales des MDPA — exemplaires, encore, à cette époque-là - afin de les rendre plus conformes aux réalités et à la mentalité des années soixante.

Le 25 août 1967, par décision du gouvernement, M. Delacôte, nommé membre du conseil général des Mines (la plus haute instance de l'administration des Mines) cessa ses fonctions à la tête des Mines domaniales qui, désormais, entrant dans le giron de l'EMC (Entreprise minière & chimique) deviennent «Mines de potasse d'Alsace». Il assuma diverses missions, surtout à l'étranger, et fut l'auteur de nombreuses études et rapports sur l'industrie minière et l'économie qui font toujours autorité.

Pendant 21 ans, M Guy Delacôte, titulaire de plusieurs décorations, a donc marqué de sa forte et souriante personnalité la direction de cette importante entreprise qui, à l'époque, était encore la première en Alsace.

Il était de la race des grands patrons. Rompu aux finesses de l'esprit, il maniait l'ironie avec habileté.

Meneur d'hommes expérimenté, il savait discerner le moindre grain de sable, mais rendait aussi justice, avec éloquence, aux ouvriers, employés, techniciens et ingénieurs méritants. Redoutable débateur, ses allocutions improvisées sont restées des morceaux d'anthologie.

Travail de Roger Weissenberger avec son autorisation


Date de création : 10/02/2013 @ 14:25
Catégorie : Les sites miniers - Le bassin d'Alsace-Divers
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