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Sur le site
Les centrales électriques des Mines de Béthune
L'aventure commence en 1904, dans le bourdonnement d'un monde en pleine métamorphose. À Mazingarbe, la terre tremble au rythme des chantiers : on érige simultanément le lavoir central, la cokerie et, pour orchestrer le tout, une première centrale électrique. L'idée est alors d'une belle élégance industrielle : récupérer les résidus pauvres du charbon abandonnés par le lavoir, les jeter dans le ventre d'un gazogène, et arracher ainsi une puissance de 350 kW à une modeste turbine. C'était une station de lorgnette, une sentinelle d’énergie blottie au plus près des usines. Mais le progrès est un ogre, et cette première source s'avère bien vite dérisoire face à l'appétit insatiable des machines.

La centrale de Bully vers 1920
Dès 1909, la Compagnie change d'échelle. À Bully, on jette les bases d'une véritable usine de lumière et de force : la centrale de Bully. C’est ici que bat le cœur électrique du réseau. En 1909, un premier groupe de 4 MW s'éveille. Quatre ans plus tard, en 1913, une seconde turbine de 10 MW vient prêter son souffle à la première.
Le site traverse les tumultes de l'Histoire. Durant la Seconde Guerre mondiale, alors que l'occupant pèse sur la production, la résistance s'organise dans l'ombre : en mars 1943, des partisans FTP sabotent courageusement les lignes de haute tension du pôle de Bully-Mazingarbe pour gripper la machine de guerre allemande. Malgré les plaies du conflit, l'usine est modernisée en 1942 puis en 1947, hissant sa puissance au chiffre alors impressionnant de 35 000 kW.

Le rideau tombe en 1970. Le grand silence s'installe, prélude à la démolition des structures entre 1974 et 1975. Mais la mémoire des lieux refuse de s'éteindre : en 1984, les laboratoires du CHERCHAR (Centre d'études et de recherches des charbonnages de France) s'implantent sur ces terres chargées d'histoire, substituant la recherche scientifique à la fureur des turbines.
Retour en 1931. Les besoins des Mines de Béthune sont devenus exponentiels. Pour soutenir le destin de ce géant, les ingénieurs ordonnent la construction d'une seconde centrale, au nord des usines, sur le territoire de Mazingarbe. L'édifice est colossal pour son temps, écrasant la vieille centrale de Bully de toute sa stature avec ses 78 000 kW. Ses cheminées fument comme des encensoirs noirs dédiés à la sainte productivité, brûlant les charbons médiocres et les schlamms pour alimenter la constellation de fosses et d'usines chimiques alentour.

La centrale de Mazingarbe dans les années 30


La centrale de Mazingarbe dans les années 70
Pourtant, le temps est un usurier. Devenue vieillissante à son tour, fatiguée d'avoir trop produit, la grande centrale de Mazingarbe s'arrête définitivement en 1972, alors que le bassin minier entame son long crépuscule. En 1980, les pioches des démolisseurs mettent à bas ses structures d'acier et de béton.

Les tableaux

Les dernières démolitions
De ce paysage de suie et de gloire, presque tout a été nivelé. Presque. À Mazingarbe, un rescapé se dresse encore fièrement face au temps : le bâtiment des tableaux. Cette longue silhouette de briques qui faisait face à l'usine abritait autrefois les cadrans, les leviers et les yeux de cuivre de la centrale. Toujours debout aujourd'hui, il demeure l'ultime sentinelle de cette épopée, un témoin de mémoire préservé au milieu des absences.




Le bâtiment des tableaux entre 2005 et 2022

Jean-Louis HUOT pour l’APPHIM
Sources : Histoire des Mines du NPDC Dubois-Minot – Le Groupe d’exploitation de Béthune Minot-Vivien- Revues Equettes & Relais des HBNPC

Editorial
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