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Association A.P.P.H.I.M.
Mémoire de la Mine et des Mineurs de fond
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120ème Commémoration de la
catastrophe des mines de Courrières
(10/03/26 Nécropole de Méricourt-62)
Comme chaque année, notre association a tenu à honorer la mémoire des victimes de la catastrophe du 10 mars 1906. Cette édition a revêtu un caractère singulier puisque nous marquions le 120e anniversaire de ce drame. Pour l'occasion, la sobriété habituelle a laissé place à un déploiement officiel d'envergure, en présence de nombreuses personnalités, dont le Préfet et le Président du Conseil Départemental.
Si nous saluons cet hommage éclatant rendu aux 1 099 mineurs « morts pour la France » et pour le charbon, nous regrettons que ce faste ne soit pas la norme annuelle. De plus, l'organisation rigide de cette cérémonie « en grande pompe » a paradoxalement compliqué la participation des fidèles de la première heure : notre délégation a été limitée à deux représentants seulement, Amma Boudali et Christian Vanwildemeersch.
Plutôt que de nous attarder sur le protocole de cette journée, nous préférons consacrer cet article au récit de cette période tragique qui a marqué à jamais le bassin minier.
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Les jeunes rendent hommage
Le 10 mars 1906 : L’apocalypse au fond du puits
Tout commence par un feu couvant. Dès le 9 mars, des ingénieurs de la Compagnie des Mines de Courrières tentent d'étouffer un incendie dans la veine « Cécile ». On mure des galeries pour priver les flammes d'oxygène, mais le gaz s'accumule. Le lendemain, à l'aube, 1 800 hommes descendent dans les entrailles de la terre.
À 6h34, une déflagration terrifiante secoue le sol. Ce n'est pas seulement un « coup de grisou », mais un « coup de poussière » : l'explosion initiale a soulevé la poussière de charbon, créant une réaction en chaîne dévastatrice sur plus de 110 kilomètres de galeries. La violence est inouïe : au puits n°2, la cage d'ascenseur est projetée dans le chevalement comme un boulet de canon. Les puits 2, 3, 4 et 10 sont dévastés, emprisonnant des centaines de pères, de fils et de frères sous des tonnes de gravats et de gaz toxiques (le redoutable monoxyde de carbone).
L’élan de solidarité et la douleur des familles
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Tribune officielle
Dès l'alerte, une foule de femmes et d'enfants se presse aux grilles des fosses, contenue par les gendarmes à cheval. Malgré le danger, des mineurs s'improvisent sauveteurs, descendant sans équipement pour tenter de retrouver des survivants. La confusion règne, et certains périssent dans ces tentatives désespérées.
Le monde entier tourne alors son regard vers le Pas-de-Calais. Les pompiers de Paris arrivent en renfort avec leurs appareils respiratoires « Guglielminetti-Lebreton », encore rudimentaires. Un geste marque particulièrement les esprits : l'arrivée d'une équipe de sauveteurs allemands de la mine Hibernia, venus de Westphalie avec un équipement de pointe. Cet élan de fraternité ouvrière dépasse les frontières, à une époque où les tensions nationalistes entre la France et l'Allemagne sont pourtant vives.
Le 13 mars, les premiers convois funèbres débutent. À Billy-Montigny, l'horreur atteint son paroxysme : face à l'impossibilité d'identifier des corps calcinés ou mutilés, on doit ouvrir des fosses communes (le célèbre « Silo »).
La colère noire et le souffle de l'insurrection
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Christophe Pilch, Maire de Courrières
La douleur se mue rapidement en révolte. Le 14 mars, Georges Clemenceau, alors ministre de l'Intérieur, se rend sur place. Il est accueilli par une grève qui s'étend comme une traînée de poudre : de 8 000 grévistes, on passe à 46 000 dans tout le bassin minier le 19 mars.
Les mineurs accusent la Compagnie d'avoir sacrifié la sécurité à la rentabilité en ne suspendant pas le travail malgré l'incendie du 9 mars. Le climat devient insurrectionnel. À Liévin et Lens, des émeutes éclatent. Face aux barricades, l'armée est envoyée. La tension est telle qu'un lieutenant de l'armée trouve la mort lors d'une charge à cheval contre la foule en colère.
Les « Rescapés de l'Enfer »
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Notre gerbe
Alors que l'espoir est mort et que la Compagnie commence à murer les puits pour étouffer les incendies restants, un miracle se produit. Le 30 mars, après vingt jours d'errance dans l'obscurité totale et l'odeur de la mort, treize survivants (dont le jeune Martial Baudelot, 14 ans) parviennent à remonter par le puits n°2. Pour survivre, ils ont mangé l'avoine et la viande d'un cheval mort, et ont bu leurs propres urines ou l'eau suintant des parois. Le 4 avril, un quatorzième miraculé, Auguste Berthon, est retrouvé au puits n°4.
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Le silo 2026
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Les gerbes
Un héritage de sang
Le bilan définitif est de 1 099 morts officiels, bien que le chiffre réel soit probablement supérieur. Si la responsabilité pénale de la Compagnie n'est pas retenue par la justice, le traumatisme impose des changements majeurs. La catastrophe a forcé l'État à instaurer le repos hebdomadaire obligatoire et a conduit à la création du poste de secours de Liévin, précurseur des centres de sécurité minière modernes.
Aujourd'hui, nous n'oublions pas. Ce récit n'est pas seulement une page d'histoire, c'est l'ADN de notre région. Nous continuerons de porter cette mémoire, chaque année, avec ou sans le faste des officiels.
Jean-Louis Huot pour l’APPHIM
Photos Christian Vanwildemeersch
Editorial
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