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Zdař Bůh ! L’adieu tchèque au charbon

L’un des deux derniers fronts de taille au Siège ČSM (Stonava, République tchèque) - Photo LR.
C’est une page de l’histoire de la République tchèque qui s’apprête à être tournée. Après 250 ans d’exploitation du charbon, le pays d’Europe centrale en arrêtera définitivement l’extraction le vendredi 31 janvier 2026 dans sa dernière mine profonde à Stonava, en Moravie-Silésie.
Retour sur une visite des installations du dernier puits tchèque, le siège ČSM, quelques semaines avant sa fermeture. Un modeste hommage à ces hommes et ces femmes dont le labeur a façonné un pan de l’histoire de leur pays et a perpétué l’héritage sans frontières des mineurs.
250 ans d’exploitation du charbon
Ce sont des scènes à la fois tristement familières et pour autant tout à fait contemporaines qui s’annoncent à ČSM. C’est aussi pour tout un pays la fin d’une très longue tradition minière, forgée au gré de siècles d’exploitation. L’or, l’argent, l’étain, le cobalt ou encore le fer y ont été extraits parfois-même avant le moyen-âge, notamment dans les régions de Jáchymov ou Kutná Hora. À Příbram, on extrayait entre autres le zinc, l’argent et le plomb à plus d’un kilomètre de profondeur dès 1875, puis l’uranium jusqu’à près de 1800 mètres à partir des années cinquante. Des industries aujourd’hui défuntes.
L’exploitation de « l’or noir » avait atteint l’échelle industrielle au milieu du XIXème siècle avec la houille à Kladno (1848) près de Prague, et le lignite dans le bassin de Most, dont l’exploitation à ciel ouvert se terminera dans la décennie à venir. L’extraction souterraine datait de 1785 pour le bassin d’Ostrava-Karviná tout à l’est du pays, en Haute-Silésie. Le plus large et plus ancien bassin tchèque où jusqu’à 150.000 mineurs sont descendus dans les années cinquante et encore près de 100.000 dans les années quatre-vingt. On y a extrait près de 25 millions de tonnes par an au plus fort de l’activité dans les années soixante-dix.

Tour d’extraction et chevalement du site Nord de ČSM - Photo LR.
La fin de l’hégémonie soviétique et l’ouverture aux marchés, entres autres, ont accéléré son fort déclin dans les années quatre-vingt-dix : Ostrava, longtemps considérée comme la capitale tchèque du charbon et de l’acier, avait ainsi vu sa dernière fosse fermer dès 1994. Aussi, OKD (Ostravsko-Karvinské Doly, signifiant « Les Puits d’Ostrava-Karviná »), société d’État, ne comptait déjà plus qu’environ 13.000 emplois directs vingt-deux ans plus tard, en 2016.
Le sous-bassin de Karviná avait connu un essor plus tardif que celui de sa grande voisine Ostrava. Des conditions d’exploitation plus favorables un peu plus à l’est du bassin près des villes de Karviná et Havířov ont permis d’y poursuivre l’extraction pour trois décennies. Cela à la faveur de veines moins nombreuses et relativement moins qualitatives qu’à Ostrava, mais de bien plus forte puissance, généralement entre 1,5 mètres et jusqu’à plus de 6 mètres d’épaisseur.

La passerelle vers le la recette du jour et l’encagement - Photo LR.
Resteront dans ses entrailles des volumes estimés par DIAMO (comparable au BRGM français) à près de 400 millions de tonnes de charbon. Une manne désormais considérée inaccessible, alors même que 70.000 mineurs s'affairent toujours à l’extraction en Pologne voisine, elle-même soumise aux mêmes tensions économiques.
ČSM: La mine, dernière
Le siège ČSM (pour Důl Československé Mládeže, ou « Fosse de la Jeunesse Tchécoslovaque ») était entré en exploitation en 1968 suite à des sondages fructueux dans les faubourgs de Karviná. L’ultime siège en activité après les fermetures cette dernière décennie des grands sièges voisins de Darkov, ČSA ou encore Paskov. ČSM avait vu sa durée de vie être prolongée par des modernisations successives au tournant du millénaire après avoir été privatisée peu après la chute du Rideau de Fer, avant revenir dans le giron public avec la re-nationalisation d’OKD en 2016, suite à sa faillite.

Réparation d’un grillage dans une galerie de service - Photo LR.
La guerre en Ukraine lui avait permis un court répit : les besoins accrus en énergie en 2022 et la hausse prix des prix qui s’en était suivie avait repoussé brièvement la fermeture prévue initialement en 2023. Les prix bas actuels du charbon sur les marchés, la baisse de la demande locale et les directives de décarbonation européennes ont toutefois acté la fermeture d’un siège dont la rentabilité est rendue utopique à long terme, en bonne partie dû la nécessité d’extraire toujours plus profondément.

Vue depuis l’extrémité du carreau avec les voies ferrées au premier plan, les installations de triage (au centre) et de lavage du charbon (à gauche), et la tour d’extraction à droite - Photo LR.
À sept kilomètres seulement de la frontière polonaise, son champ d’exploitation se situe entre les sites Sever (Nord) et Jih (Sud). Tous deux sont dotés d’une configuration similaire avec un grand chevalet métallique (entrée d’air), servant au transport des hommes et du matériel, et une tour d’extraction (retour d’air). L’exploitation s’y fait entre 973 et 1103 mètres, selon les puits.
Une exploitation rendue d’autant plus difficile par des conditions hydro-géologiques et gazières spécifiques. Une explosion de méthane survenue au site Nord le 20 décembre 2018 l’avait fort tristement rappelé. La dernière catastrophe minière de Tchéquie, encore dans toutes les mémoires, avait coûté la vie à 13 mineurs (dont 12 Polonais et un Tchèque) et fait 10 blessés.
Les dernières tailles
Zdař Bůh! Dicton tchéque propre aux mineurs et analogue au célèbre Glück auf, ou au Szczęść Boże polonais, signifiant « Que Dieu te bénisse ». Une phrase entendue à de nombreuses reprises tôt en ce matin de Novembre 2025, en route vers la longue taille numéro 300 215.

Mineurs à l'accrochage du troisième étage de ČSM Sever, par 773 mètres de fond - Photo LR.
D’abord, le trajet des vestiaires vers la lampisterie, sans oublier de pointer la lampe (le phare de la lampe chapeau remplaçant la traditionnelle « taillette », et devant être validé électroniquement au jour et au fond), puis l’encagement et la descente par dix à douze mètres par seconde.
Les conditions sont impressionnantes au troisième étage du puits d’entrée d’air du siège Nord, par 773 mètres de profondeur.
La lumineuse recette du fond, deux sas d’aérage. Puis c’est un autre monde qui émerge : plus de 30 degrés et une forte humidité, ajoutés au bruit constant de la machinerie et de la ventilation, dans une obscurité que seules les lampes au chapeau parviennent à conjurer.

Contrôle de routine dans les galeries du troisième étage - Photo LR.
Nombreux sont les plans inclinés à gravir ou dévaler pour se rendre sur la taille. Un monorail suspendu de fabrication tchèque (manufacture Ferrit) permet d’acheminer le matériel nécessaire aux équipes affectées à l’abattage et sur les quelques centaines de mètres qui les séparent de l’accrochage. L’activité se fait elle de plus en plus intense à l’approche du chantier. Des mineurs s’affairent routinement à réparer des grillages, procèdent à des contrôles routiniers de l’hygrométrie, ou encore à la manutention de bois de soutènement. Tous, au fond comme au jour, portent assidument les mêmes chemises blanches et t-shirts verts, marqués du logo d’OKD.

Taille 300 215 du siège ČSM Sever. Mineurs en tête de taille. - Photo LR.
Arrivés en taille, les mineurs qui s’attellent à l’extraction nous font l’honneur d’une démonstration du fonctionnement de la haveuse. La fluidité et la maîtrise totale dont ils font preuve malgré la poussière, l’eau pulvérisée pour la contrer et le bruit des machines et du charbon qui tombe dans le convoyeur, forcent l’admiration. Cela interroge aussi sur la perte de compétences uniques qu’entraine irrémédiablement la fin définitive de l’extraction.
Cette dernière se fait de manière assez traditionnelle sur ce siège moderne, par la technique des longues tailles. En taille 300 215, une haveuse à double-tambour Eickhoff SL300 avance le long d’un front de plus de 100 mètres de long, qui bien qu’en pente bénéficie d’une belle ouverture d’environ deux mètres. Impressionnante par son envergure et sa puissance, la haveuse de fabrication polonaise avait été spécialement rénovée par les ateliers de ČSM en 2024 pour les deux dernières tailles de l’histoire du siège. Un soutènement marchant complète l’ensemble. Le charbon abattu est, lui, transporté par convoyeur blindé vers le pied de taille d’où un convoyeur à bande l’amène vers le puits.

L’extraction en taille 300 215 du siège ČSM Sever se fait dans une belle veine de charbon, avec une haveuse, un convoyeur blindé et un soutènement marchant - Photo LR.
ČSM, au Jour
Au Jour, l’activité n’est pas moins impressionnante. ČSM présente l’intégralité des installations nécessaires au bon fonctionnement d’une exploitation sur un même site.
Un bon fonctionnement humain d’abord : de nombreux employés, hommes et femmes, travaillent en lampisterie, aux bains-douches, à la blanchisserie ou encore les locaux syndicaux. Des installations conservées dans un état impeccable d’entretien et de propreté malgré la fin prochaine.

Lampisterie de ČSM Sever. Les lampistes tiennent l’inventaire des lampes chapeau et des appareils de sauvetage individuels - Photo LR.
Un bon fonctionnement technique, aussi, avec les ateliers centraux dont le bouillonnement lors de notre visite ne laisse rien transpirer de l’arrêt prochain de l’extraction, ou encore toute la machinerie d’extraction et de ventilation.

Mécaniciens aux ateliers centraux d’OKD - Photo LR.
Chacun des deux sites de ČSM dispose ainsi de deux ventilateurs principaux aux turbines massives, respectivement de 3,2 mètres et de 4 mètres. L’un fonctionnant en permanence et l'autre servant de secours, un bourdonnement continu se fait entendre sur tout le carreau, et des vibrations intenses sont ressenties à proximité alors que des milliers de mètres cube d’air silésien sont injectés dans les travaux du fond.

Entretien de l’un des deux ventilateurs du siège Nord - Photo LR.
Valent aussi le détour, les deux belles machines d’extraction à double tambour de fabrication tchèque (ČKD) et qui desservent le puits d’admission d’air du siège Nord et son double compartiment. Quatre cages arpentent ainsi le puits. Les deux machines, d’origine des années soixante et dont les moteurs développent 2700 chevaux chacun sont espacées de quelques mètres seulement dans un seul et même bâtiment mais bien séparées d’un mur et conduites de manière indépendante par deux machinistes. Placées au sommet de la tour d’extraction, deux autres machines, à poulie Koëpe quadricâbles et chacune entrainées par deux moteurs (de fabrication ČKD eux aussi) de 2440 chevaux, assurent la remontée du charbon par skip.

Un machiniste au sommet de la tour d’extraction de ČSM Sever conduit l’une des deux machines à poulie Koepe, qui remonte le charbon par skip - Photo LR.
La houille et les terres sont triées et lavées directement sur place, au lavoir de ČSM Sever. Sur ces dernières semaines d’exploitation celui-ci ne tournait environ qu’à la moitié de sa capacité, soit près de 7.000 tonnes brutes journalières. Passé au crible puis traité selon différents procédés (cellules de flottaison pour les schlamms, séparation par liqueur dense…), le minerai est ensuite chargé dans des wagons et transporté sur un réseau de voies larges relie le siège au réseau national et aux anciennes fosses voisines.
La mise à terril des matériaux qu’OKD ne peut revendre se fait elle principalement par des camions, dont le ballet sur le carreau est incessant, ou par trains. Aussi, des voies étroites permettent le transport du matériel vers et depuis l’encagement.

Employée d’OKD au criblage - Photo LR.
Le regard tourné vers l’avenir
Aussi impressionnante soit-elle, cette machinerie ne serait qu’un amas de métal sans l’expertise et le professionnalisme sans faille des équipes d’OKD. Une franche camaraderie ressort des interactions avec le personnel, tant au jour comme au fond. Nombreux sont les sourires et les attentions des employés sur place, qui terminent ce chapitre avec fierté et professionnalisme, la tête haute. C’est là surement l’élément le plus marquant de la visite de la fosse, bien au-delà des aspects purement techniques.
Ce n’est pas non plus sans rappeler les valeurs et les qualités portées dans nos bassins miniers, même après la fin de l’extraction; un profond héritage fait, ici aussi, pour durer.

Plus d’un million de tonnes ont été extraites à ČSM Sever pour sa dernière année d’exploitation - Photo LR.
Ils étaient encore 2300 en octobre 2025 à remplir les défis quotidiens de la mine. Au fond, où le tchèque et le Polonais se font entendre -les effectifs d’OKD incluent nombre de sous-traitants transfrontaliers- des étayeurs, électromécaniciens, haveurs ou porions. Des ajusteurs, soudeurs, lampistes ou encore machinistes s’activent au même moment au jour.
Ils ont, ensemble, atteint le cap du million de tonnes de charbon extrait dès novembre, et l’objectif de 1,145 million de tonnes pour l’exercice 2025 était bien engagé.

Voies ferrées du lavoir sur le carreau de ČSM Sever - Photo LR.
La liquidation technique de la mine devrait engager des effectifs de près de 600 employés et durer trois ans. Ce ne sont cependant pas moins de 900 mineurs au total qui se verront rendre leur livret d’ici à la fin février 2026, avant d’autres départs au cours de l’année. OKD permet aux employés concernés de prendre part au programme Nová šichta (« Nouveau Poste »), programme de reconversion visant les mineurs licenciés à retrouver un emploi, à suivre des formations ou à créer leur propre entreprise. Leur sont également proposées des indemnités allant jusqu’à onze mois de salaire selon l’ancienneté.
Un optimisme prudent règne sur la capacité du territoire d’absorber majoritairement ces vagues de départs. Si le bassin de Karviná détient un taux de chômage plus élevé que la moyenne tchèque, à 6%, les mineurs n’en restent pas moi des profils recherchés, notamment pour les industriels et le BTP locaux. Des reconversions dans les houillères polonaises sont aussi bien entendu espérées.

Nettoyage des systèmes de séparation systèmes de séparation « Drew-boy » au lavoir - Photo LR.
Dans le même temps, OKD poursuivra ses activités dès le dernier trimestre de 2026 avec, entre autres, le stockage de batteries, la production d'électricité et de chaleur à partir du gaz de mine (une unité de cogénération est ainsi d’ores et déjà en production en Autriche), ou encore la préparation de mélanges spéciaux de charbons d’importation.
Quel dynamique patrimonial pour le territoire ?
Gageons que la dynamique d’héritage enclenchée relativement tôt sur le bassin d’Ostrava-Karvina permettra une conservation forte et raisonnée de ses nombreux atouts patrimoniaux. Les fosses Anselm et Michal sont ainsi de très intéressants musées de la mine, ce dernier présentant un remarquable état de conservation et l’entièreté de sa machinerie d’origine.

Les ateliers d’OKD vivent leurs derniers mois d’activité avant la fin de l’extraction. Plus de 1,000 employés quitteront le siège en 2026 - Photo LR.
Aussi, de nombreux sites et chevalets sont conservés ou revitalisés. C’est le cas de l’exceptionnel site de Dolní Vítkovice, qui présente côte-à-côte les installations préservées de l’ancienne fosse Hlubina, une cokerie et trois hauts fourneaux.
Le site accueille 30.000 visiteurs annuels pour un festival de musique et offre de nombreux atouts, dont un musée d’art moderne dans l’ancien gazomètre des hauts-fourneaux, ou un café-restaurant dans une structure vitrée moderne au sommet de l’un des anciens hauts fourneaux (la Bolt Tower). Une véritable source d’inspiration et assurément un exemple de reconversion à suivre pour d’autres sites européens.
Au-delà de ce capital historique, ne restera prochainement à la Silésie tchèque que le souvenir d’une industrie qui a façonné son histoire, son territoire et ses Hommes.
La cérémoniale et solennelle dernière berline de charbon de ČSM, la dernière de République tchèque, sera remontée le mercredi 4 février 2026, et suivie d’une bénédiction des mineurs en la cathédrale d’Ostrava. Tout un symbole pour un ultime adieu au charbon tchèque.
Zdař Bůh!
Article de Luc ROHAUT, APPHIM, Photos Luc ROHAUT
Remerciements les plus sincères aux équipes d’OKD et à Mme Barbora Černá-Dvořáková pour leur accueil chaleureux.
Editorial
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