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Fin du charbon Anglais

LA FIN DE L’ÉPOPÉE DU CHARBON EN GRANDE BRETAGNE

C’est la fin de l’épopée. La dernière mine de charbon de Grande-Bretagne située dans la région du Yorkshire à KELLINGLEY était pourtant encore rentable mais elle a fermé ses portes le vendredi 18 décembre 2015. La décision a été prise en octobre 2015 par le Gouvernement soucieux de diminuer la pollution provoquée par ce combustible fossile qui serait désormais importé de Colombie et de Russie (50% moins cher, 41 €/t au lieu de 59 €/t) pour fabriquer de l’électricité jusqu’à 2025 ; à compter de cette date, le charbon ne sera plus utilisé. Les 450 Mineurs recevront de l’État une prime de départ mais leur avenir n’est pas assuré. Les syndicats accusent le Gouvernement CAMERON de brader une fosse rentable au profit du nucléaire et de l’éolien (COP 21 oblige…). La longue histoire de l’extraction du charbon en Grande Bretagne s’arrête donc en 2015, elle aura duré plus de deux siècles, il reste quand même quelques mines à ciel ouvert qui tiendront peut-être encore quelques mois ou quelques années.

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Beaucoup d’émotion lors de la dernière remontée à 12h 30. Les mineurs
sont écœurés de n’avoir pas été écoutés. Photo Voix du Nord

La mine de KELLINGLEY profonde de 800 m et encore rentable selon les
syndicats ferme définitivement ses portes. Photo Les Échos

Le charbon-roi lors des deux premières révolutions industrielles

Dès la fin du XVIIIème siècle, le charbon très abondant dans tout le Royaume Uni est la seule source d’énergie pour le chauffage mais aussi et surtout pour la fabrication de la vapeur nécessaire à toute l’industrie et aux transports (trains et bateaux à vapeur). Grâce à ce combustible, l’Angleterre est au cours du XIXème siècle la première nation mondiale. Les découvertes théoriques sur l’énergie et les inventions des grands savants thermodynamiciens anglais (WATT, HORNBLOWER, WOOLF, CARTWRIGHT, STEPHENSON, JOULE, THOMPSON) permettent d’améliorer progressivement le fonctionnement des machines à vapeur (la première locomotive est construite par TREVITHICK en 1804). Dès 1825, on met en œuvre des lignes ferroviaires pour transporter des passagers mais aussi du charbon entre les lieux de production et la mer pour l’exportation. Grâce aux nouvelles techniques (utilisation de la vapeur pour les compresseurs, les pompes, les forages) la production de charbon croît exponentiellement ; celui-ci devient indispensable pour la sidérurgie, le textile, les transports sur terre et sur mer, c’est la 1ère Révolution Industrielle (1820-1870) ; on passe d'une société à dominante agricole et artisanale à une société commerciale et industrielle, les campagnes commencent à se vider pour les villes voisines des lieux de l’extraction charbonnière.

Les régions charbonnières sont en marron, la Grande
Bretagne a longtemps été le premier producteur
mondial de charbon. Éditions Magnard 1ère A, B, S 1987

La 2ème Révolution Industrielle (1870-1910) est celle de l’électricité, de la lumière, du pétrole et de l’automobile, de la téléphonie et des télécommunications sans fil. Ce nouveau bouleversement du secteur industriel ne fera pas baisser la production de charbon ; celui reste le combustible principal pour les transports maritimes et le chauffage et il devient indispensable pour la production d’électricité dans les centrales. C’est au début du XXème siècle juste avant le premier conflit mondial qu’il atteint son apogée en Angleterre. Voici ci-dessous les productions de charbon dans les grands pays industrialisés en 1890 :

  • PAYS

    PRODUCTION (millions de t) en 1890

    Grande Bretagne

    184

    Etats Unis

    143

    Allemagne

    90

    France

    26

    Russie

    6

Le lent déclin du charbon anglais au cours du XXème siècle

Le pic de production est atteint en 1913 avec 292 millions de t (celui de la France est de 59 millions de t en 1958), 1,2 million de personnes travaillent alors pour les charbonnages britanniques. Au cours du XXème siècle, le record anglais ne sera jamais dépassé. Après le second conflit mondial, la concurrence du nucléaire produit dans les centrales du pays et l’exploitation de l’immense gisement de gaz et de pétrole de la Mer du Nord vont progressivement faire baisser le pourcentage de l’utilisation du charbon pour la production d’énergie. Au début des années 70, le 1er Ministre Edward HEATH connaît quelques soucis lors des premières fermetures de mines. La situation des charbonnages ne cessera dès lors de se dégrader ; en 1984, Margaret THATCHER provoque les plus grandes grèves de mineurs que le pays ait eu à subir en fermant une vingtaine de sièges mais la production annuelle avoisine encore à l’époque les 100 millions de t. Trente ans après, en 2014, les charbonnages n’emploient plus que 4000 personnes et on n’extraie plus que 10 millions de t. Le 18 décembre 2015, la production est annulée mais la Grande Bretagne importe encore du charbon pour ses centrales thermiques, principalement en provenance de Russie.

La France a toujours été un petit producteur de charbon par rapport à la Grande Bretagne.
Graphe GT. Sources de données diverses

Les politiques énergétiques du Gouvernement anglais depuis 1980

Depuis le début de l’exploitation des gisements de gaz et de pétrole dans la Mer du Nord (entre l’Ecosse et la Norvège) à la fin des années 70, le charbon a perdu sa place de n°1 en Angleterre pour l’énergie. La production de gaz augmente jusqu’en 1999 où elle passe par un maximum. Depuis, celle-ci n’a cessé de baisser (entre 1999 et 2009, elle a presque été divisée par deux). Le problème est que l’industrie est devenue un peu trop dépendante du gaz pendant les années de croissance et à partir de 2009, le pays en consomme plus qu’il en produit (46 % de l’électricité est produite à partir du gaz, 31 % à partir du charbon). Moins de charbon et de gaz pour l’électricité et l’industrie, il faut donc en importer et c’est principalement de Russie que viennent les compléments des deux combustibles ; cette dépendance extérieure est fâcheuse pour la Grande Bretagne et le fait que 4 des 10 centrales nucléaires arrivent au bout de leur vie et doivent prochainement fermer (2015-2016) n’arrange rien.

Soucieux de diminuer ses consommations d’énergies fossiles (charbon, gaz, pétrole), le Gouvernement décide d’investir dans les énergies nouvelles :

  • une nouvelle centrale nucléaire de 2 x 1650 MW est en construction dans le Sud-ouest de l’Angleterre à HINKLEY POINT, c’est la première depuis vingt-cinq ans, elle devrait fournir 7% de l’électricité nécessaire au pays pendant soixante ans ;

  • le parc éolien sera considérablement agrandi,

  • les recherches concernant l’extraction du gaz de schiste dans les anciens charbonniers seront approfondies.

La production et la consommation de charbon dans le monde au XXIème siècle

Le charbon est un combustible sûr qui existe encore en grand quantité partout dans le monde, on peut le voir sur le tableau ci-dessous où sont inscrites les productions de 2011 en millions de t :

Pays Production 2011
Chine 3520
Etats-Unis d'Amérique 993
Inde 588
Europe 576
Australie 415
Russie (Fédération) 334
Indonésie 325
Afrique du Sud 255
Allemagne 189
Pologne 139
Kazakhstan 116
Ukraine 86,8
Colombie 85,8
Turquie 77
Canada 68
République Tchèque 57,9
Grèce 57,5
Vietnam 44
Bulgarie 37
Roumanie 35
Thaïlande 21
Grande-Bretagne 18
Mexique 16
Hongrie 10
Venezuela (République bolivarienne) 9
Espagne 7
Brésil 6
Nouvelle-Zélande 5
Pakistan 3
Zimbabwe 2,5
Corée (République démocratique) 2,1
Japon 1
France 0,1
Autres pays 170
Total : 7695
Source BP statistical review world energy

NB 1 : On voit qu’en 2011, la Chine a produit 3,52 milliards de t de charbon (46 % de la production mondiale) ; c’est à peu de chose près ce que la France a produit en tout pendant ses deux siècles d’extraction (2,4 milliards pour le Nord/Pas-de-Calais, 1,2 milliard pour le Centre-Midi et 0,8 milliard pour la Lorraine), nous ne jouions vraiment pas dans la même catégorie…

NB 2 : 80 % de l’électricité de la Chine sont produits à partir de charbon. Les Chinois qui utilisent des centrales à haut rendement ont promis de descendre ce pourcentage à 60% en 2020. Pour les Etats Unis, ce chiffre vaut aujourd’hui 45 %, 70 % pour l’Inde et pour l’Afrique du Sud… 94 %.

NB 3 : Les dix centrales au charbon que compte encore la France en 2014 (HORNAING, BOUCHAIN, LE HAVRE, CORDEMAIS, VITRY SUR SEINE, LA MAXE, Emile HUCHET, BLENOD, LUCY , PROVENCE) ne délivrent que 1,5 % de son électricité car 78 % sont produits à partir du nucléaire. Avec ces chiffres, notre pays est vraiment un cas particulier.

NB 4 : Le charbon constitue encore aujourd'hui la première source de production d'électricité au monde avec 39 % du total.

NB 5 : Dans son rapport annuel sur la consommation du charbon dans le monde, l’Agence Internationale de l’Energie (AIE) écrit que celle-ci devrait baisser jusqu’en 2020 (COP 21 oblige) pour atteindre seulement 5,8 milliards de tonnes. D’autres experts pensent au contraire que la production va encore augmenter jusqu’à 2060-2070, date à partir de laquelle où elle devrait baisser pour s’annuler vers 2300.

La production mondiale devrait passer par un pic vers 2060-2070, le charbon devrait
durer un peu moins de deux siècles. Graphe GT, source : Planetoscope

Quoi qu’en disent certains, le charbon a donc encore de beaux jours devant lui…

Georges TYRAKOWSKI


Date de création : 01/04/2014 21:03
Dernière modification : 22/05/2014 22:30
Catégorie : - Actu Apphim
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