La mine Amélie, puits Amélie 1 à Wittelsheim
Mine Amélie, puits 1

Logo de la mine Amélie
Tout commence en 1904. Alors qu'on cherche du pétrole dans le sous-sol de Wittelsheim, un sondage mené par l'industriel Joseph Vogt met au jour des carottes d'une curieuse couleur rose-orangé : de la sylvinite (un mélange de chlorure de potassium et de sel). L'instigatrice opiniâtre de ces recherches n'est autre qu'Amélie Zurcher. C'est elle qui a convaincu les investisseurs de persévérer. En son hommage, la compagnie Gewerkschaft Amélie donne son prénom au tout premier chantier du bassin.
Le 22 avril 1908, les travaux du puits Amélie 1 débutent. Pour traverser les nappes phréatiques sans inondation, les ingénieurs utilisent la technique de la congélation des sols. Le puits descend à une profondeur de 664 mètres pour un diamètre de 5,5 mètres, avant de pousser jusqu'à 689 mètres en 1909. Le 27 août 1909, la première couche de potasse est officiellement atteinte. L'extraction commerciale démarre en février 1910. Le puits est alors divisé en 4 compartiments : deux pour l'extraction (l'un actionné par une machine à vapeur, l'autre par une machine électrique), un pour les échelles de secours et le dernier pour le retour d'air.
Le travail au fond est dangereux. En 1923, le puits est endeuillé par un coup de grisou qui coûte la vie à 4 mineurs (un événement rare dans les mines de potasse par rapport aux mines de charbon, mais toujours redouté).

Puits Amélie 1

Vue aérienne de la mine Amélie en 1886.


Première machine d'extraction
Pour augmenter les rendements, le site se modernise massivement :
- 1931 : Le puits se dote d’un nouveau chevalement métallique orienté vers le sud.
- L'innovation du Skip : Amélie 1 innove en installant le premier "skip" de 8 tonnes. Contrairement aux cages traditionnelles où l'on monte des wagons de minerai, le skip est une immense benne automatique qui fluidifie considérablement l'extraction.
- L'ère mécanique : C'est également à Amélie que sont testées, après la Seconde Guerre mondiale, les premières machines d'abattage continu américaines (les fameuses Joy), transformant le travail de fond en profondeur.

Deuxième chevalement dans les années 50
Entre 1950 et 1952, à la suite de l'arrêt du puits voisin Amélie 2, Amélie 1 centralise l'activité et change d'envergure. On dresse un nouveau chevalement géant de 58 mètres de haut, orienté vers l'Est. Il est équipé d'une imposante machine bicylindroconique de deux fois 1440 kW et de deux skips de 18 tonnes.

La seconde machine dans les années 50
Le site tourne à plein régime et la production annuelle atteint le chiffre vertigineux de 2 millions de tonnes de minerai brut. Le carreau de mine devient une véritable usine chimique à ciel ouvert : une usine à bicarbonate sort de terre en 1957.
En 1969, une poulie Koëpe bi-câbles prend le relais en surface, permettant le ravalement (l'approfondissement) du puits jusqu'à -710 mètres. Le tribut humain s'alourdit à nouveau en 1972, lorsque 3 mineurs perdent la vie dans un éboulement.

La troisième machine à poulie Koëpe Bi-câbles, années 80

Troisième chevalement, Photo MDPA-association Kalivie


Plan du site, cliquez pour agrandir
Malgré des optimisations colossales (comme l'introduction de skips géants de 25 tonnes en 1984), le démantèlement du bassin potassique est amorcé à la fin des années 80 :
- 1987 : Fermeture de l'usine à brome.
- 1991 : Arrêt de la fabrique thermique.
Initialement prévue pour durer un peu plus longtemps, l'histoire d'Amélie 1 s'accélère brutalement en 2002. À la suite du terrible incendie sous terre du site de stockage de déchets ultimes StocaMine (situé dans les galeries du puits bloc Joseph-Else, connecté au réseau du fond), la direction décide de stopper définitivement l'exploitation du bassin. Le 24 octobre 2002, Amélie 1 remonte ses dernières tonnes de potasse. C'était le dernier puits des MDPA encore en activité.

En un siècle d'existence, le puits Amélie 1 aura vu transiter le chiffre colossal de 164 millions de tonnes de minerai (sur les 567 millions extraits au total dans tout le bassin alsacien).
Le grand nettoyage environnemental efface rapidement les traces de cette épopée :
- 2006 : Le puits est définitivement remblayé (bouché avec du béton et des schistes).
- 2008 : Le fier chevalement de 58 mètres est abattu.
- 2002 - 2009 : L'immense complexe de bâtiments du carreau Amélie est rasé.
Aujourd'hui, à l'exception de son imposant terril (le tas de résidus salés) qui domine la plaine, et de quelques dalles de béton scellant les anciens conduits, le souvenir de la "mine mère" d'Alsace ne vit plus que dans la mémoire des anciens mineurs.


A proximité du puits Amélie 1 et le terril au fond

Bureaux de gestion du personnel MDPA abandonnés
Jean-Louis HUOT pour l'APPHIM
Locotracteurs en circulation à Amélie 1 et 2

3 locotracteurs BERRY 2797 R6 à moteur diesel Renault 6I-140 de 125 ch, masse de 24 tonnes

5 locotracteurs BERRY 2794 F6 à moteur diesel Willème F6M de 175 ch, masse de 23 tonnes
Ces 8 machines circulaient sur voie de 1 m 120 au fond des puits Amélie 1 et 2 des MDPA
Pierre Ombrouck pour l'APPHIM
AMELIE (VA) mine mère des MDPA
Amélie la première et la dernière
Le 27 août 1909, la première couche de Potasse du bassin alsacien fut atteinte au puits de la mine Amélie à Wittelsheim, à une profondeur de 627m. Dès 1910, l’exploitation commençait à la mine Amélie 1, puis en 1914 à la mine Amélie 2. Elle se terminera le 24 octobre 2002 après avoir assuré une extraction totale de 164 millions tonnes de sel brut.
Amélie : la « mine-mère » des Mines de Potasse d’Alsace, fut toujours précurseur, en tous domaines des activités aux MDPA. Les techniques minières y furent essayées avant applications dans les autres mines.
Au JOUR : dans la première unité de traitement thermique, la fabrique, on traitera le premier potassium à 60% K²O. En 1931, on y installera la première cristallisation sous vide. En 1967, la cristallisation Swenson produisait la première production de gros grain. En 1986, on y installera une unité moderne de traitement à froid, par flottation. Trois chevalements successifs, premier skip d’extraction, première machine d’extraction en marche automatique, première production d’électricité, première usine à brome, usine de bicarbonate c’était Amélie.
Le 31 mars 2008, dans un grand fracas de ferraille et un immense nuage de poussière, le chevalement de la mine Amélie a été abattu dans l’après-midi à 15h !
Au FOND : après 40 années d’extraction manuelle, ce fut l’ère des machines. Les premières machines américaines JOY furent essayées à Amélie. Premières tailles à chambres et piliers, première taille à havage intégrale, premier soutènement marchant hydraulique. Premier grand roulage sur voies ferrées de 1,12m. Le fond de la mine Amélie 1, relié à Amélie 2 puis à Max et finalement à Joseph-Else était le plus étendu du bassin avec plus de 80 km de galeries c’était Amélie.
Autour de la mine Amélie : nous trouvons encore à ce jour (2002), le complexe le plus dense de cités minières au nombre de dix, à savoir : Amélie 1 (l’ancienne, rue Amélie Zürcher), Amélie 1 (la nouvelle, cité Attich), Amélie 2 (l’ancienne, face à l’usine de carbonate), Amélie 2 (la nouvelle, vers le pont de Richwiller), Grasegert, Langenzug, Joseph-Else, Graffenwald, Wittelsheim-Gare et Rossalmend (partie sur le ban de Wittelsheim). Les plus importantes comprennent : églises, écoles, cantines, foyer pour célibataires, coopératives, structures médicales, sportives et culturelles.
(Extraits de la «Chronique des MDPA édition 2003 » de Roger Weissenberger)